
Cédric Bannel
Héritier des grands romanciers de l’espionnage — Robert Littell, John le Carré ou encore Tom Clancy —, Cédric Bannel nous fait pénétrer dans l’univers des guerres de l’ombre. Il est l’auteur de L’Homme de Kaboul (finaliste du prix maison de la presse 2011), Baad (prix du meilleur polar des lecteurs de Points 2017), Kaboul Express (2017) et L’Espion français (2021).
Paroles d’auteur
Votre livre est extrêmement bien documenté sur les stratégies développées par les services de renseignement. D’où vous vient cette connaissance exceptionnelle ?
La vie est faite de rencontres. J’ai créé à cette époque des relations avec des personnes dont certaines sont devenues, au fil des ans, des proches et parfois même des amis. Aussi, lorsque j’ai commencé à écrire des thrillers comprenant une composante espionnage, c’est tout naturellement vers eux que je me suis tourné pour m’aider à rendre mes romans les plus réalistes possible.
Les hommes et les femmes qui travaillent dans le monde du renseignement sont fiers (à raison !) de ce qu’ils font, mais ils ne sont pas disposés à partager anecdotes, détails opérationnels ou retour d’expérience s’ils ne se sentent pas en confiance. Disons que ma principale qualité a été d’établir avec un certain nombre d’entre eux des relations de transparence, de respect et de sincérité. Si mes livres ont cette « patte réaliste », c’est d’abord grâce à eux.

De la même manière que la plupart des auteurs de romans policiers ne sont pas policiers eux-mêmes, il n’est nul besoin d’être un ancien agent de renseignement pour écrire des romans d’espionnage précis et crédibles. En revanche, cette matière nécessite une très bonne compréhension du fonctionnement de l’État et de bénéficier d’informations précises et fiables.
J’ai eu la chance de commencer ma vie professionnelle de jeune énarque au ministère des Finances dans le service de contrôle antiblanchiment des investissements étrangers en France, ainsi que des sanctions financières contre l’Irak, la Serbie et la Libye. Parmi nos correspondants habituels se trouvaient les principaux services de renseignement français, qui se révélèrent une source inégalée d’informations. Ensuite, comme diplomate à Londres, j’ai continué à travailler sur les mécanismes de sanctions financières internationales, en lien avec nos partenaires occidentaux.
Les services de renseignement de l’armée de la Fédération de Russie sont au centre de votre roman. Quelles sont leurs spécificités ?
Dans Les Fantômes de Kiev, Edgar Van Scana, mon héros, affronte un groupe d’élite du GRU qui existe vraiment, l’unité 29155. Le GRU est le service d’action secrète opérationnelle de l’armée russe. Il est très offensif. Une de ses spécialités est l’élimination, au moyen de poisons et d’armes radioactives, de ceux qui représentent une gêne pour le pouvoir russe. L’Occident ne peut jamais prouver juridiquement que la Russie est derrière ces actions, mais tout le monde sait que le GRU en est responsable. Cela lui permet de laisser une « signature » claire tout en niant assez cyniquement être impliqué. Le lecteur découvrira leurs méthodes très spéciales au fil du roman.
À ce propos, pouvez-vous nous dire un mot de la générale Olga Ranevskaïa, cheffe des opérations noires du Kremlin, que vous mettez en scène dans votre livre ? Correspond-elle à un profil possible en Russie ?
Le personnage d’Olga Ranevskaïa est construit à partir de personnes réelles qui gravitent autour du Président Poutine. Elle est d’une grande sophistication. Déterminée, très intelligente, ne doutant de rien, elle a le pouvoir d’actionner tous les leviers militaires, policiers, techniques et informatiques de l’État Russe. Une adversaire redoutable. Edgar et ceux qui l’accompagnent vont se retrouver assez vite en mauvaise posture.

Êtes-vous allé sur place, en Ukraine, dans le cadre des travaux préparatoires de votre livre ?
Je m’y suis rendu à l’automne dernier. Sentir le terrain pour de vrai fait partie du travail documentaire de base qu’un auteur sérieux doit à ses lecteurs. Je n’aurai pas écrit le même livre si je m’étais contenté de regarder des images prises par d’autres. Je pense que le lecteur sentira ce vécu.
Votre héros Edgar, après l’Afghanistan et l’Ukraine, repartira-t-il sur d’autres théâtres de la guerre de l’ombre ?
Oui, bien sûr. Il sera envoyé partout là où ça chauffe! Sa prochaine mission sera en Asie.
